Monotype, Suminagashi, peinture & dessin

Suminagashi

Le suminagashi est une technique japonaise qui signifie littéralement « encre flottante ». À travers ce médium, je plonge dans une relation intime avec l'eau, un dialogue où chaque mouvement devient trace, où chaque intention trouve une résonance dans le flux liquide. Loin d'être une simple technique, le suminagashi est pour moi une véritable exploration du rapport entre l'homme, la nature et l’invisible. Lorsque je dépose l'encre à la surface de l'eau, mon geste est à la fois précis et ouvert à l'inattendu. L'eau réagit, porte, transforme. Dans cet échange subtil, je me place à l'écoute, laissant la matière s'exprimer, me guider. Dans ce processus de genèse, avant que l'encre ne prenne forme, il y a le chaos, un mouvement indompté, une dispersion d'énergie. Petit à petit, l'ordre surgit, révélant des motifs qui semblent avoir toujours existé. L'eau devient un espace de transformation, une matrice où s'inscrivent la mémoire et l'empreinte du vivant. Ce qui se joue à la surface me fascine : l'infiniment grand rejoint l'infiniment petit, et chaque motif semble résonner avec les structures profondes de la nature.

Monotype

Ici la peinture est une quête de présence, un dialogue avec la matière et la lumière. Je travaille selon un procédé d’impression qui ouvre un langage de la trace, du passage, de l’incarnation. Chaque œuvre est une peau sensible, une membrane où s’inscrit le geste, où se révèle ce qui cherche à prendre forme. Ce qui m’intéresse dans l’empreinte, c’est la relation intime entre la surface et ce qui vient s’y déposer. La peinture ne se contente pas de marquer le papier, elle l’imprègne, elle en épouse les reliefs, elle en révèle la texture. Comme une peau qui enregistre le temps, chaque monotype devient une chair vibrante, un territoire où se mêlent les cicatrices du geste, les accidents du processus et la mémoire du support. Il y a quelque chose d’infiniment tactile, une présence que l’on peut presque ressentir sous les doigts, une résonance entre ce qui a été et ce qui demeure et ce qui advient. Ce dialogue guide mes gestes. Dans ce cheminement libre et intuitif des figures, des paysages ou des abstractions émergent…ils traduisent un état de l’âme comme des petits haikus de l’instant.